Tout savoir sur l’EBE et l’EBITDA - Direction financière à temps partagé à Nice
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Tout savoir sur l’EBE et l’EBITDA

Tout savoir sur l’EBE et l’EBITDA

 

L’Excédent Brut d’Exploitation ou EBE est l’indicateur de gestion le plus connu et le plus utilisé par les DAF et analystes financiers lorsqu’ils décortiquent un compte de résultat, car il donne une vision objective de l’entreprise.

Il correspond en effet au solde généré par l’activité courante de l’entreprise sans prendre en compte sa politique d’investissement ni sa gestion financière. Il ne prend pas non plus en compte les produits et charges exceptionnelles.

Il figure dans le tableau des soldes intermédiaires de gestion (SIG) avant le résultat d’exploitation.

A quoi sert l’EBE ?

L’EBE est l’indicateur le plus objectif de la rentabilité d’une entreprise. Aussi son calcul et son analyse sont primordiaux à tous les stades de la vie de l’entreprise :

  • A la création : les banquiers et les investisseurs s’appuient sur l’EBE prévisionnel pour déterminer la capacité estimée de la future entreprise à rembourser ses dettes et/ou à générer des dividendes, donc le retour sur investissement ;
  • Lors d’une demande de prêt ou d’une levée de fonds, pour effectuer les mêmes analyses ;
  • En fin de chaque exercice, lors de l’analyse du bilan, pour connaître la rentabilité de l’entreprise, identifier ses forces et ses faiblesses et définir la stratégie d’amélioration de ses performances ;
  • Tout au long de sa vie, pour se comparer avec les autres entreprises de même secteur d’activité, quelle que soit leur implantation ;
  • Lors de la cession : l’EBE permet au vendeur de valoriser son entreprise et de déterminer son prix de vente, et au potentiel acquéreur d’évaluer le retour sur investissements, c’est-à-dire le moment à partir duquel son investissement générera des bénéfices.

L’interprétation de l’EBE

L’EBE est un indicateur financier permettant d’évaluer la ressource qu’une entreprise tire de son cycle d’exploitation. Il permet de rémunérer et de verser aux apporteurs de capitaux (actionnaires et banquiers) les dividendes et intérêts bancaires de l’année, tout en permettant à l’entreprise de se développer en investissant.

Un EBE positif signifie que l’entreprise est rentable sur le plan de son activité opérationnelle ou, en d’autres termes, qu’elle gagne de l’argent. Toutefois, cela ne signifie pas forcément qu’elle est globalement bénéficiaire puisque l’EBE ne prend pas en compte la politique d’investissement, de financement et l’impact des impôts et taxes.

Il peut arriver que ce solde soit négatif (on parle alors d’IBE : Insuffisance Brute d’Exploitation) mais cela doit être exceptionnel, car il signifie alors que l’entreprise n’est pas profitable au niveau opérationnel, ce qui est un mauvais signe pour les actionnaires et partenaires financiers. Si l’existence d’un EBE négatif devait perdurer, cela pourrait mettre l’entreprise en situation périlleuse en impactant de manière significative ses fonds propres.

Les causes d’un IBE ou d’un EBE insuffisant peuvent être nombreuses. Cela peut être dû :

  • à un chiffre d’affaires insuffisant,
  • à une valeur ajoutée trop faible,
  • à une marge sur coût variable insuffisante pour couvrir les charges fixes,
  • à une masse salariale trop importante.

 

L’EBE ne doit pas être interprété comme un accroissement de la trésorerie, car il existe toujours un décalage entre le moment où les produits et les charges sont comptabilisées et leur encaissement ou décaissement est effectif. En outre, ce surplus est destiné à couvrir d’autres charges, certaines décaissables telles que les frais financiers (intérêts d’emprunt et agios bancaires), d’autres non décaissables telles que les dotations aux amortissements et les dotations aux provisions.

Pour que le calcul et l’analyse de l’EBE soient pertinents, il faut le comparer à d’autres indicateurs :

  • EBE / CA :

Ce ratio permet d’évaluer la maîtrise des coûts de l’entreprise.

Un taux de 5% est le seuil minimum généralement retenu par les analystes financiers pour considérer quel’activité est pérenne. Il est préférable de viser un ratio compris entre 8 et 12% pour pouvoir piloter l’entreprise de façon sereine et faire face aux aléas conjoncturels.

Une variante de ce ratio est EBE / Production, utilisée lorsque le volume des stocks de produits en cours et finis varie fortement d’un exercice à l’autre. Comme ces stocks sont valorisés sans marge commerciale, leur variation peut avoir un impact significatif dans l’analyse de l’activité de l’entreprise.

  • Charges financières / EBE :

Ce ratio mesure l’impact des charges financières sur l’EBE.

Il ne doit pas être trop élevé. Plus il est élevé, moins l’entreprise aura de ressources pour financer les dotations aux amortissements et moins il contribuera aux résultats de l’entreprise.

La norme est un ratio inférieur à 20%.

  • EBE / Capitaux investis :

Ce ratio permet d’obtenir la rentabilité économique du capital engagé et de mesurer la productivité des investissements réalisés.

Capitaux investis = Immobilisations nettes + BFRE (Besoin en Fonds de Roulement d’Exploitation)

L’entreprise qui investit le fait pour accroître ses ventes et donc ses bénéfices. Ce ratio permet de savoir si les investissements sont rentables et combien elle gagne pour 100 € de capitaux investis.

Une dégradation de ce ratio peut provenir :

  • d’une stagnation du chiffre d’affaires (corrélation avec le ratio EBE/CA) ;
  • d’une augmentation trop importante des stocks (corrélation avec le ratio EBE / Production, car la notion de Production inclut la production vendue (Chiffre d’Affaires) + la production stockée (variation des stocks de produits encours et finis) + la production immobilisée) ;
  • d’une mauvaise utilisation des immobilisations : dans les activités fortement capitalistiques, la notion de TR Set le suivi de cet indicateur sont essentiels (taux de rendement synthétique = taux d’utilisation des machines = Production réelle / Production maximum théorique) ;
  • de conditions d’exploitation peu favorables.

 

Calcul de l’EBE

L’EBE se calcule en faisant la différence entre les produits encaissables et les charges décaissables relevant de l’activité principale de l’entreprise.

Le calcul peut être fait directement à partir de la balance, selon la méthode « soustractive » :

 

 

 + Produits d’exploitation encaissés ou encaissables Total des comptes classes 70 à 74
 – Charges d’exploitation décaissées ou décaissables Total des comptes classes 60 à 64
 = Excédent Brut d’Exploitation

 

Rappelons qu’un produit encaissable est potentiellement générateur d’une recette et qu’une charge décaissable est potentiellement génératrice d’une dépense, contrairement à un produit calculé ou une dépense calculée, telles que les dotations aux amortissements et provision qui n’engendrent pas de flux monétaire.

Ou de manière simplifiée à partir de la valeur ajoutée :

 + Valeur ajoutée
Classe 74  + Subventions d’Exploitation
Classe 63  – Impôts et Taxes
Classe 64  – Charges de personnel
 = Excédent Brut d’Exploitation

 

Ou encore à partir du résultat net, selon la méthode « additive » :

 + résultat net
classe 65  + Autres charges de gestion courante
classe 66  + Charges financières
classe 67  + Charges exceptionnelles
classe 68  + Dotations aux amortissements et provisions
classe 69  + Impôt sur les bénéfices
classe 75  – Autres produits de gestion courante
classe 76  – Produits financiers
classe 77  – Produits exceptionnels
classe 78  – Reprises sur amortissements et provisions
classe 79  – Transferts de charges
 = Excédent Brut d’Exploitation

 

Différence entre EBE et EBITDA

 

L’EBITDA est un indicateur financier américain, utilisé initialement dans le cadre d’opérations de rachat d’entreprises avec effet de levier (LBO), mais qui est de plus en plus utilisée y compris par les entreprises françaises dans leur communication financière.

EBITDA (Earning Before Interest, Tax, Depreciation and Amortization) signifie en français et en remettant le compte de résultat : Résultat net avant frais financiers, avant impôts et taxes et avant charges d’amortissement des actifs corporels (Depreciation) et incorporels (Amortization).

A noter que l’EBITDA, à la différence de l’EBE, ne retraite pas les dotations aux provisions d’exploitation sur stocks et sur créances clients.

Ce n’est pas un indicateur normalisé. Il n’y a pas de définition arrêtée de l’EBITDA dans les normes comptables américaines ou les IFRS. En outre, son contenu peut différer d’un pays à l’autre et d’une entreprise à l’autre. Celles-ci peuvent également changer leur méthode de calcul d’une année sur l’autre.

L’EBITDA a aussi donné naissance à l’EBIT, bénéfice avant intérêts et taxes, souvent appelé aussi Operating Profit, et donc très proche du résultat d’exploitation français, dont il ne diffère que par le retraitement des comptes de la classe 63 Impôts et Taxes et versements assimilés. L’EBIT prend en compte les effets de l’amortissement de l’outil de production.

L’EBITDA est donc calculé comme suit :

Méthode soustractive :

+ Comptes 70 à 74
 – Comptes 60 Achats
 – Comptes 61 et 62 Charges externes
 – Comptes 64 Charges de personnel
 = EBITDA

 

Méthode additive en partant du résultat net :

 + Résultat net
 + Charges d’intérêts (comptes 66)
 – Produits financiers (comptes 76)
 + Charges d’impôts (comptes 63 et 69)
 + Dotations amortissements et provisions (comptes 68)
 + Charges exceptionnelles (comptes 67)
 – Produits exceptionnels (comptes 77)
 = EBITDA

 

Exemple de calculs d’EBE / EBITDA / EBIT avec les données suivantes :

Chiffre d’affaires 1 000
Subvention d’exploitation 20
Transfert de charges d’exploitation 5
Achats 420
Autres charges externes 100
Impôts et taxes 30
Charges de personnel 190
Charges d’intérêts 20
Dotation amortissements et provisions 40
Impôt sur les sociétés 75
Résultat net 150
EBE : Méthode soustractive : 1 000 + 20 – 420 – 100 -30 – 190 = 280    
EBE : Méthode additive : 150 + 5 + 20 + 40 + 75 = 280    
EBITDA : Méthode soustractive : 1 000 + 20 – 420 – 100 – 190 = 310    
EBITDA : Méthode additive : 150 – 5 + 30 + 20 + 40 + 75 = 310    
EBIT = EBITDA – Dotation amortissements et provisions = 310 – 40 = 270    

 

Utilisation de l’EBITDA pour les opérations financières

La notion d’EBITDA a été largement utilisée dans les années 1990 par les entreprises ayant réalisées des acquisitions financières par de la dette. Ces entreprises estimaient que l’EBITDA donnait une image plus fidèle de leur activité professionnelle et le faisaient donc figurer dans leurs comptes annuels. Comme l’EBITDA ne tient pas compte du coût de la dette ni de l’amortissement du goodwill, d’autant plus important que l’acquisition est chère payée, les EBITDA diffusés étaient largement supérieurs au résultat net.

Devenu populaire, ce résultat a par la suite été utilisé comme critère d’évaluation, via la méthode des multiples, pour les entreprises « Internet » qui ne dégageaient pas de bénéfice net. Avec les exagérations qui furent l’une des causes du krach boursier au printemps de l’année 2000.

Il reste néanmoins utilisé par les acteurs des marchés boursiers pour mesurer le niveau de rentabilité opérationnelle des entreprises cotées.

Pourquoi se réfère-t-on à l’EBE plutôt qu’au résultat net ?

L’EBE est un indicateur de rentabilité, mais il y en a d’autres dans le tableau des SIG : le résultat d’exploitation, le résultat courant avant impôt, le résultat net.

Du point de vue des fonds de LBO, le résultat net présente un inconvénient majeur : il s’agit d’un revenu allant aux actionnaires, alors que l’investisseur a besoin de connaître la capacité de l’entreprise à générer de la trésorerie immédiate. Donc l’EBE, calculé avant les charges d’amortissement qui ne sont pas une sortie de caisse, est plus approprié.

L’EBE présente également l’avantage de ne pas être impacté par des « ajustements » de résultat provenant de la politique d’amortissement, de la politique de financement ou de la prise en compte des charges exceptionnelles.

Certains analystes critiquent en effet le résultat net, considérant que les entreprises ont de trop grandes marges de manœuvre et donc d’interprétation sur certains éléments calculés tels que la valorisation des stocks et donc la variation des stocks, les dépréciations et les provisions. La manière de les calculer et les changements de méthodes ont un impact direct sur le résultat net.

En règle générale, le résultat net est considéré comme étant moins significatif que la valeur ajoutée ou l’EBE qui ne tiennent pas compte des charges et produits calculés (amortissements, dépréciations et provisions).

Les limites de l’EBE

Evaluer une entreprise en oubliant qu’il faut remplacer les matériels, qu’ils soient immobilisés ou circulants, est, pour certains, une aberration. Le célèbre investisseur américain Warren Buffett critique cette approche au motif que l’on ne peut mesurer avec le même mètre une entreprise de service et une entreprise industrielle, dès lors que cette dernière est dans l’obligation de renouveler ses équipements, généralement très coûteux, si elle veut assurer sa pérennité.

Par ailleurs, deux entreprises œuvrant dans le même secteur d’activité peuvent être identiques en tout point sauf dans leur politique de gestion de leur parc d’équipements : l’une peut investir en pleine propriété et l’autre prendre ses matériels en location ou crédit-bail. La seconde déduira de son EBE les charges de loyer qui font partie des charges externes. Elle dégagera donc un EBE plus faible que la première, mais cela ne signifie pas pour autant que son exploitation est moins rentable d’un point de vue opérationnel. La norme IFRS n°16 est sensé aplanir cette distorsion mais sa mise en œuvre est complexe.

Comment améliorer l’EBE ?

Améliorer son EBE, c’est garantir le futur de l’entreprise. Cela permet d’investir dans la croissance sans dégrader la profitabilité. Mais avec quels leviers ?

  • Tout d’abord travailler sur les marges, ce qui suppose de les détailler par clients, par produits, par zones géographiques, …Cela exige de développer la comptabilité analytique, afin d’identifier les gisements de perte et de les supprimer et, a contrario, les secteurs porteurs et de les renforcer ;
  • Ensuite revoir sa politique d’achat.
    • Repenser ses relations avec ses fournisseurs :
      Les entreprises qui recourent à la sous-traitance dans leur process de fabrication doivent s’interroger sur leur maîtrise de la chaîne de valeur et la vulnérabilité que cela peut induire, en termes de savoir-faire et de dépendance technique, de problèmes de logistique ou de qualité, outre les prix plus ou moins difficiles à négocier.
      Si l’option retenue est la poursuite voire le développement de la sous-traitance, il faut mettre en place une stratégie de partenariat et définir des plans de productivité. En s’engageant durablement avec ses prestataires, le donneur d’ordre peut leur demander en retour de gagner en productivité.
      Ainsi, il ne s’agit plus désormais de faire pression sur le prix en exigeant des remises immédiates ou selon le volume acheté, mais de décomposer la structure de coûts des produits ou services achetés et d’aider les fournisseurs à trouver des leviers de productivité.
    • Pour les achats de frais généraux, il faut analyser ce que l’on achète et pourquoi :
      Cela suppose de faire une étude de besoins approfondie qui exige d’aller dans les plus petits détails pour identifier les gisements d’économie. En matière informatique par exemple, il faut analyser la répartition des coûts entre les équipements informatiques, les redevances logiciels, les prestataires externes et les salaires. Evidemment, cela passe par la renégociation complète et périodique des contrats de frais généraux (électricité, flotte automobile, assurance, etc…), ce qui permet de faire des économies non négligeables.
  • Par ailleurs, tous les processus de l’entreprise doivent être passés en revue pour les rendre les plus efficaces possible.Il faut notamment passer au crible les frais de structure des fonctions support, en cherchant à simplifier les organisations et à améliorer la valeur ajoutée de chaque salarié en supprimant les tâches inutiles.

    La digitalisation permet d’améliorer les processus de l’entreprise et de gagner en efficacité. C’est particulièrement vrai au niveau du processus comptable où les saisies, très chronophages, peuvent être supprimées grâce à la digitalisation et à la plus grande implication des équipes opérationnelles.